Une échéance cruciale pour les finances publiques sénégalaises
Le Sénégal se trouve à un tournant financier majeur avec une échéance de 267 milliards FCFA (480 millions de dollars) à honorer en mars 2026. Séga Fall Mbodji, ingénieur statisticien et spécialiste en mathématiques du risque, dresse une analyse sans concession d’une « signature » désormais « sous haute tension ».
Thank you for reading this post, don't forget to subscribe!L’officialisation d’un ratio dette/PIB à 132 % marque un tournant historique. Elle met fin aux débats sur une supposée « dette cachée » et confirme l’ampleur des engagements financiers du pays.
Une dette devenue insoutenable ?
Pour expliquer la gravité de la situation, l’expert utilise une métaphore parlante : « le sac est devenu plus lourd que celui qui le porte ».
Autrement dit, même si le Sénégal vendait toute sa production annuelle, cela ne suffirait pas à rembourser sa dette.
Le mécanisme du roulement : une trappe financière
Le principal danger réside dans le roulement de la dette. L’État emprunte pour rembourser les échéances arrivées à terme, dans un contexte de renchérissement des taux.
Aujourd’hui, le pays remplace une dette contractée à des taux faibles (3 à 5 %) par une nouvelle dette à des taux beaucoup plus élevés (9 à 12 %). Cette stratégie alimente une véritable « trappe financière » et accroît le poids du service de la dette.
Effet d’éviction et risque pour les banques
La situation entraîne un effet d’éviction bancaire. En mobilisant une part importante de la liquidité des banques locales, l’État réduit les crédits accordés aux PME. Cette contraction freine l’investissement et la croissance réelle.
Si les banques devaient déprécier ces actifs publics devenus fragiles, leur solidité financière pourrait être menacée. Un effet domino n’est pas à exclure.
Une pression sur les réserves de la zone UEMOA
L’impact dépasse les frontières nationales. Le remboursement de la dette exige des devises, ce qui exerce une pression sur les réserves de change de la zone UEMOA.
Un recours excessif à ces réserves limiterait la capacité d’importation de l’ensemble des pays membres.
Des marges budgétaires de plus en plus réduites
Sur le plan social, la marge de manœuvre de l’État se réduit. Une grande partie des recettes fiscales et douanières sert déjà au remboursement de la dette.
Les autorités disposent donc de moins de ressources pour financer des subventions sur les produits de première nécessité ou soutenir le pouvoir d’achat des ménages.
Quelles solutions pour éviter l’asphyxie financière ?
Selon Séga Fall Mbodji, deux options principales se présentent :
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Accélérer fortement la croissance du PIB afin d’alléger mécaniquement le ratio dette/PIB ;
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Engager des négociations avec les créanciers pour rééchelonner les paiements et desserrer la contrainte financière.







