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Le groupe antigouvernemental M23 a annoncé samedi la mort de son porte-parole militaire, Willy Ngoma. Une frappe de drone de l’armée congolaise l’aurait tué. Cet événement marque un nouvel épisode dans l’escalade des violences dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC).

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Depuis fin 2021, le M23 (« Mouvement du 23 mars ») occupe, avec le soutien de Kigali et de son armée, de vastes territoires dans l’est de la RDC. Cette région, riche en ressources naturelles, subit des conflits depuis près de trente ans. Les affrontements se sont intensifiés ces derniers mois.

Mardi, les forces gouvernementales ont ciblé des combattants du M23 lors d’une frappe de drone près de Rubaya, une cité minière stratégique située dans le territoire de Masisi. Un responsable du groupe armé présent sur place ainsi que des sources sécuritaires ont confirmé l’information à l’AFP.

Le M23 a pris le contrôle du site minier de Rubaya en avril 2024. Le mouvement en tire d’importants revenus en prélevant des taxes sur la production et le commerce des minerais, selon des experts de l’ONU. La mine représente à elle seule entre 15 et 30 % de la production mondiale de coltan, un minerai stratégique pour l’industrie électronique. La RDC détiendrait au moins 60 % des réserves mondiales de ce minerai.

Une figure du M23

Jusqu’ici, le M23 n’avait ni confirmé ni démenti la rumeur concernant la mort de Willy Ngoma. Samedi, le mouvement a accusé « le régime de Kinshasa » d’avoir « délibérément bafoué le cessez-le-feu et imposé une guerre totale ». Dans son communiqué, il affirme que l’armée a pris pour cible ses soldats ainsi que des civils au moyen de drones, en dehors des lignes de front.

Lawrence Kanyuka, chef du département de la communication du mouvement, a déclaré que ces « violations flagrantes » ont coûté la vie au colonel Willy Ngoma le 24 février 2026, ainsi qu’à de nombreux civils.

Né en 1974, Willy Ngoma se présentait comme un ancien enseignant. Il a rejoint le M23 fin 2021 et est rapidement devenu l’une des figures les plus connues du mouvement. Les responsables l’ont nommé porte-parole militaire. Il s’est fait connaître à travers des vidéos où il apparaissait, souvent jovial, aux côtés de militaires congolais ou burundais faits prisonniers lors des combats.

En 2024, le Conseil de sécurité des Nations unies a sanctionné Willy Ngoma et cinq autres hauts responsables de groupes armés actifs dans l’est de la RDC. L’instance les accusait d’avoir planifié, dirigé ou commis, en raison de leurs fonctions, des violations des droits humains et du droit international humanitaire.

Des milliers de morts

Les Nations unies estiment que, en tant que porte-parole militaire, Willy Ngoma partage la responsabilité des crimes commis par le M23. Elles lui reprochent aussi d’avoir justifié et promu des attaques délibérées contre des civils dans l’est du pays.

L’Union européenne l’a sanctionné en 2022, puis les États-Unis en 2023, en raison de son rôle au sein du mouvement.

En janvier 2025, après que le M23 a pris Goma, Willy Ngoma a figuré parmi les premiers cadres à apparaître publiquement dans la ville. Les combats liés à cette prise ont fait des milliers de morts. Il a également participé au premier grand meeting du M23 organisé à Goma début février 2025.

En mai 2025, il a présenté à la presse près de 300 civils que le M23 avait expulsés et qu’il décrivait comme des « sujets rwandais en situation illégale ». L’ONG Human Rights Watch a qualifié l’opération de transfert forcé de civils liés à un groupe armé majoritairement hutu.

En décembre, le M23 a lancé une offensive contre la cité stratégique d’Uvira, dans la province du Sud-Kivu. Cette initiative a provoqué la colère de Washington, qui joue le rôle de médiateur dans le fragile accord de paix entre la RDC et le Rwanda.

De son côté, l’Angola a proposé à Kinshasa et au M23 d’observer un cessez-le-feu à partir du 18 février. Malgré cette initiative, les affrontements se poursuivent.

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